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D.R.


Marie-Antoinette
Poche-Montparnasse
Frivole durant son règne, grandiose dans le malheur, Marie-Antoinette, balayée par la révolution, a remporté une victoire posthume en accédant, après son statut de victime, à celui de star. En adaptant l'une de ses plus belles biographies, celle signée par Stefan Zweig, Marion Bierry nous offre au Poche-Montparnasse une émouvante leçon d'histoire doublée d'un bel et intense moment de théâtre.
Il fallait oser. L'exercice était périlleux. Résumer une biographie pour en faire un spectacle d'une heure vingt, le pari n'était pas à la portée de tout le monde. Et ce, même si le texte de Stefan Zweig est l'un des plus documentés et des plus sensibles écrits sur la fille de l'impératrice Marie-Thérèse. Dans ce magistral résumé, qui commence en 1770 au moment du mariage de l'archiduchesse avec le Dauphin, et qui se termine en 1793, Marion Bierry nous laisse découvrir l'essentiel de la personnalité de Marie-Antoinette, adolescente paresseuse mais joyeuse, sachant compenser ses manques par un charme inné et cette allure altière qui ne la quittera jamais. Dans son adaptation, l'actrice nous permet d'assister à une lente descente aux enfers d'une princesse qui vivra pour l'essentiel recluse à Versailles et qui manquera le rendez-vous avec son peuple. Dépensière, lançant les modes, y compris les plus farfelues, elle deviendra vite l'Autrichienne, bouc émissaire idéal, tenue responsable de tous les maux dont souffrent ses sujets. À son indéniable part de responsabilité s'ajouteront des torrents d'injures, de haine et de calomnies. Et quand la vague révolutionnaire se formera, largement entretenue et financée, à l'origine, par les ambitieux issus du cercle familial, rien ne pourra l'arrêter, surtout pas son mari, un homme introverti, myope, incapable de commander et de faire face à l'adversité, malgré une culture et une intelligence indéniables.

Sans tenue d'époque, tout en sobriété, avec uniquement deux niveaux de scène, des jeux de lumière et quelques musiques du XVIIIème, Marion Bierry a choisi la simplicité. L'autre idée remarquable est de dialoguer avec Thomas Cousseau, qui pour sa part, n'incarne aucun personnage particulier. Mais le duo fonctionne à merveille, rendant le texte éminemment vivant, permettant aux spectateurs de faire corps avec ce destin connu mais que pourtant l'on redécouvre ici avec un plaisir non dissimulé. Stefan Zweig, intelligent, capable de voir venir les horreurs effroyables qui attendent l'Europe après le premier conflit mondial, a écrit l'histoire de la tragédie d'une Reine avec toute la sensibilité et l'acuité dont il était coutumier, en ayant forcément présent à l'esprit ce parallèle douloureux entre deux mondes (le sien et celui de Marie-Antoinette) qui, à près de 150 ans de distance, s'effondrent. Sa biographie est publiée en 1933!

L'adaptation et la mise en scène sont brillamment réussies et permettent de se concentrer sur le texte et un jeu d'acteurs irréprochables. Thomas Cousseau, avec beaucoup de talent, contribue à donner toute sa vitalité au récit, Marion Bierry parlant, elle, au nom de la souveraine. Sans pathos ni aucun parti pris et avec une distance étudiée, l'histoire de Marie-Antoinette qui nous est proposée est aussi didactique que passionnante, démontrant bien que celle qui fut une piètre souveraine, fut une mère et une femme accomplie, ayant raté beaucoup de choses, mais certainement pas sa sortie. L'on ne peut qu'applaudir ce dialogue entre deux acteurs qui est aussi un dialogue avec l'Histoire. Il devrait parler à nombre de spectateurs!
Zoom par Philippe Escalier
Paru le 09/09/2019

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MARIE ANTOINETTE
THÉÂTRE DU POCHE-MONTPARNASSE
Jusqu'au dimanche 10 novembre

TEXTE(S). Stefan Zweig unit Marie-Antoinette et la Révolution dans une même fatalité de destin, telles les deux faces d’une même médaille tragique. Les appels au secours que la Reine lance au cœur de la Révolution, rappellent les cris d’alarme qui émanent de la patrie de l’écrivain quatre ans avant la Secon...


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