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Bruno Perroud


L’Idiot
au théâtre 14
Encouragé par le succès remporté par "Le portrait de Dorian Gray", Thomas Le Douarec s'autorise pour la seconde fois à adapter, mettre en scène et jouer un grand classique de la littérature : "l'Idiot" de Dostoïevski. Arnaud Denis et Caroline Devismes font à nouveau partie de l'aventure.
Au centre de ce foisonnant roman,
l'arrivée du prince Mychkine au cœur de la société Pétersbourgeoise, après un long séjour en Suisse où il soignait son épilepsie. Sans argent ni relations, muni de son seul titre de noblesse et d'une recommandation, il est accueilli parmi ce petit monde fermé nourri d'intrigues. Naïf, incapable de feindre, il dit ce qu'il pense et n'a d'autre but que celui de répandre le bien, de vouloir sauver les âmes en péril, ce qui lui vaut d'être considéré comme un homme frappé d'idiotie.

Thomas Le Douarec est Rogojine

en alternance avec Gilles Nicoleau. Véritable gageure que de se lancer dans une telle adaptation. Quels choix faire pour parvenir à ne pas abîmer la « substantifique moëlle » de ce roman si foisonnant ? Pour ne pas en écorner ni la beauté ni l'esprit en s'adaptant aux moyens plus limités du théâtre ? « L'axe principal de ce roman, que jeune j'avais adoré, me hantait : Qu'est-ce qu'un homme bien ? Que peut apporter la bonté au monde aujourd'hui ? Dostoïevski, qui n'était pas croyant mais qui a douté toute sa vie, n'a pas trouvé de réponse. "L'idiot" porte le regard critique de l'auteur sur la société russe qui court à sa perte, c'est un roman prémonitoire. Personnellement, j'ai toujours avancé avec le doute, et ce qui me plait dans "L'Idiot" c'est que l'on est à un carrefour entre la foi, la croyance, la bonté, l'amour et le mal. Ce rendez-vous là est essentiel. Les personnages, tous exaltés, sont, d'une certaine manière, un peu malades, à l'image de Dostoïevski qui l'a été toute sa vie. Je les trouve très théâtraux et pour moi on ne fait pas du théâtre pour représenter la vie telle qu'elle est, mais pour tendre un miroir grossissant. Vous avez raison, j'ai énormément souffert pour faire cette adaptation, il m'a fallu faire des choix terribles, alors je me suis concentré sur les quatre personnages principaux tout en laissant un peu de côté la seconde partie qui m'intéressait beaucoup moins aujourd'hui. Mais pour ne pas perdre de vue la société que l'auteur dénonce, ni passer à côté de cette épopée, de sa puissance, neuf comédiens joueront plusieurs personnages chacun, dont certains sont très drôles et hauts en couleur, sur une scène épurée, mais dans des costumes sublimes de José Gomez. Pour le reste, pas plus que Dostoïevski, je n'apporterai de réponse à ce récit très noir. C'est un roman qui interroge que je vais raconter.»

Arnaud Denis est le prince Mychkine

Un héros de roman magnifique et complexe à la mesure de cet homme de théâtre cérébral et sensible. « J'ai découvert en le lisant un roman labyrinthique extrêmement brillant et qui part dans tous les sens, alors j'ai essayé de démêler mes impressions. Comme à chaque fois, je vais aborder ce rôle en adoptant le principe de Michel Bouquet, à savoir, supplier le personnage de venir, un peu comme une prière. Je ne prends pas la matière brute, ni le personnage, comme un porte-manteau sur lequel j'irais accrocher des choses personnelles. Je vais essayer de le laisser se révéler à moi-même d'une manière toute douce, sans rien violenter. Mon impression, quant à ce roman, est que le titre est trompeur, et même un peu ironique car ce sont les autres qui l'appellent l'idiot. Le prince Mychkine n'a rien d'un idiot, c'est un personnage mythique et mystique, je dirais même christique, au langage soutenu. Il a le verbe haut et s'exprime clairement. Il n'est pas loin de l'Ingénu de Voltaire que j'ai déjà joué. Ce qui me donne une base en ce sens qu'il dit lui aussi tout ce qu'il pense. En tant qu'interprète je vais m'attacher à lui conserver sa pureté mais sans en faire un imbécile. Il est simplement pur et innocent, il croit en la bonté humaine absolue, voilà ce que l'on qualifie d'idiotie. On pourrait peut-être lui trouver quelque chose de Michaël Jackson, vous voyez ? Comme s'il avait préservé une part d'enfance que je vais essayer de travailler sans tomber dans une métaphore exagérée. Ce personnage possède aussi une part de mystère immense que j'aimerais épaissir plutôt que de chercher à l'expliquer. Sinon, faire un parallèle avec notre époque comme on serait tenté de le faire, je trouve que c'est égoïste, ça ne m'intéresse pas. Ce qui nous émerveille, c'est le passé ou l'avenir. Je suis un rêveur nostalgique, le moderne m'ennuie profondément. Pour moi, "L'idiot" est une histoire intemporelle et universelle qui me donne, en outre, le bonheur de travailler de nouveau avec Thomas. Il connaît son métier en profondeur, étant comme moi à la fois metteur en scène et acteur. D'ailleurs, mes metteurs en scène de référence étaient tous des acteurs en commençant par Molière, Sacha Guitry, Jouvet, Jean-Louis Barrault... Mettre en scène et jouer en même temps, oui, j'avoue que j'adore ça même si là je ne suis qu'acteur ! »

Caroline Devismes est Nastassia Philippovna

Elle écrit, chante, danse et joue la comédie. Habituée à collaborer avec son compagnon Thomas Le Douarec, elle se prépare dans l'enthousiasme à incarner ce nouveau personnage. « Nastassia a été abusée à quinze ans par Totski son tuteur, dont elle est devenue la maîtresse. Elle est persuadée d'être une personne souillée qui n'a plus droit ni au bonheur ni au mariage et ne fera jamais partie de la bonne société. Elle est montrée du doigt comme une femme de petite vertu, une poule de luxe, jusqu'à ce qu'elle rencontre le prince qui croit l'aimer et lui propose de l'épouser pour la sauver. Ce qui est beau, c'est qu'elle le refuse pour ne pas le salir. Entre le prince et Rogojine, un parvenu fou d'amour pour elle, elle se retrouve au centre d'un trio amoureux qui finira tragiquement. Pour incarner ce rôle d'écorchée vive, moi qui n'ai pas l'âme slave, je vais me laisser guider par l'adaptation de Thomas et essayer de laisser raisonner en moi tous ces sentiments exacerbés. Ce qui est formidable, c'est que la plupart d'entre nous se connaissent bien. Nous sommes encore en tournée avec "Dorian Gray" et nous avons des discussions très animées sur "L'idiot", chacun défend déjà son personnage alors qu'on n'a pas commencé les répétitions. C'est très enrichissant. Toutes les promesses étaient là à la lecture. Maintenant à nous de transformer la chose et j'ai vraiment hâte de commencer !"
Dossier par Jeanne Hoffstetter
Paru le 05/06/2018

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IDIOT (L')   (8 notes)
THEATRE 14 JEAN-MARIE SERREAU
Jusqu'au samedi 30 juin

TEXTES. C'est pour moi un immense plaisir et un grand honneur de clôturer cette nouvelle saison du Théâtre 14 dirigé par notre cher Emmanuel Dechartre ! Quoi de mieux que de monter l'Idiot pour rendre le plus bel hommage à ce grand homme de théâtre. Je me souviens encore du jeune spectateur que j'étais, m...


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