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© Laurent Hinig


Florian Zeller
“Le Fils”, à la Comédie des Champs Elysées
Dans cette tragédie bouleversante mise en scène par Ladislas Chollat, Florian Zeller fait un terrible constat sur l'impuissance de l'amour à sauver un adolescent prisonnier d'un profond malaise existentiel.
Après "La mère" et "Le père" on est frappé de constater que la dramaturgie du dernier volet de cette « trilogie » est tout à fait différente.
Pour la première fois en effet j'ai écrit une pièce linéaire et très réaliste, dont le trait va tout droit à la tragédie. J'ai la conviction que l'on va au théâtre pour ressentir des émotions, pour y trouver un écho à travers des histoires singulières, à ce que l'on peut porter en soi. Le théâtre n'est pas, pour un auteur, un projet narcissique, mais un projet de partage. Soudain on fait partie de quelque chose de plus large que soi-même. C'est sur cette conviction que j'ai appuyé mon projet. Devenir parent c'est être exposé à l'inquiétude ou à cette souffrance terrible de constater que l'amour ne suffit pas face à un drame qui s'annonce. Il y a toujours un moment où l'on est impuissant, où il faut faire le deuil de cette toute puissance qui était la nôtre quand l'enfant était tout petit. C'est de ce deuil dont je voulais parler.

En écrivant, vous êtes-vous posé des questions sur l'accueil que réserverait le public à un sujet aussi sensible ?
Oui, beaucoup, d'autant qu'il emprunte assez directement à des émotions liées à ma vie et qu'il était mon rendez-vous important. Bien que sachant exactement ce que je voulais faire, j'ai mis assez longtemps à l'écrire, et pour ne pas avoir à m'autocensurer ni à redouter de blesser des gens autour de moi, j'avais décidé de ne monter la pièce qu'en Angleterre. Un peu comme les écrivains qui écrivent sous pseudonyme. Puis finalement, à cause de travaux qui ont pris du retard dans le théâtre prévu, j'ai décidé de la monter d'abord à Paris.

Le jeune Rod Paradot est une révélation. Déjà remarqué au cinéma, il n'avait jamais mis les pieds sur une scène.
Il était important de trouver un acteur qui puisse être déchirant et dans une grande fragilité, de sorte qu'on l'aime au point d'avoir envie de le sauver comme si l'on était ses propres parents. Ladislas et moi avons vu beaucoup de très bons comédiens, mais lorsqu'il est arrivé au casting il y a eu une évidence absolue et nous avons décidé de prendre le risque. Et vous savez, ce qui m'enchante aujourd'hui c'est qu'il est tombé amoureux du théâtre alors qu'il ne pensait qu'au cinéma. Dans ma pièce précédente « Avant de s'envoler », Robert Hirsch montait sur scène pour la dernière fois, alors que Rod Paradot y monte pour la première fois. C'est un signe qui me touche énormément.

Un récit linéaire, simple, mais la fin n'est pas exempte de ruse. Le désir de nous égarer vous a rattrapé ?
Un auteur de théâtre est toujours quelque part dans la manipulation par rapport à ce qu'est sensé ressentir le spectateur, il doit devancer ses émotions, ses pensées pour les contourner, voire les contredire. Tout en étant une fausse piste, il fallait qu'elle s'inscrive dans l'histoire en restant totalement vraisemblable, et que l'on puisse penser: Ah bon, ça finit bien !
Interview par Jeanne Hoffstetter
Paru le 25/05/2018

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